Modèle 100 Luxembourg : obligatoire pour certains, rentable pour d'autres.
Le Luxembourg retient l'impôt sur le salaire chaque mois, d'après la fiche de retenue d'impôt. Avec un seul employeur, l'histoire s'arrête souvent là : rien à déposer au Grand-Duché.
La déclaration devient obligatoire dans les cas que l'Administration des contributions directes énumère sur sa page sur l'imposition par voie d'assiette, mise à jour le 28 octobre 2024. Pour un salarié non résident imposé à la source pendant au moins neuf mois, le modèle 100 s'impose dès que le revenu imposable dépasse 100 000 €, ou dès qu'il y a plusieurs fiches de retenue (deux employeurs, ou un salaire et une pension) et que le total dépasse 36 000 € en classe 1 ou 2, 30 000 € en classe 1a. Il s'impose aussi au-delà de 1 500 € de capitaux mobiliers ou de tantièmes nets soumis à retenue, pour des revenus luxembourgeois sans aucune retenue, et sur demande de l'administration. Deux choix rendent aussi le dépôt obligatoire : la demande d'assimilation au résident et l'option des couples pour une imposition collective ou individuelle.
L'assimilation est ce qui rend le modèle 100 intéressant pour un frontalier qui n'y est pas tenu. La page de guichet.lu sur l'option pour un traitement fiscal équivalent à celui d'un résident, mise à jour le 23 septembre 2025, pose la condition centrale : au moins 90 % des revenus mondiaux imposables au Luxembourg. Deux portes latérales : moins de 13 000 € de revenus nets non imposables au Luxembourg, ou, pour un résident belge, 50 % des revenus professionnels du ménage imposables au Grand-Duché. Les jours travaillés hors du Luxembourg mais exemptés comptent comme luxembourgeois, dans la limite de 50 jours.
En échange, la même page promet les déductions, abattements et crédits d'un résident, intérêts d'emprunt et charges extraordinaires compris. La demande se coche dans le modèle 100 lui-même.
Pour un salarié qui n'a que son salaire à régulariser, le décompte annuel (modèle 163 NR F) est la voie courte. La page de guichet.lu sur le décompte annuel des non-résidents, mise à jour le 7 avril 2026, le réserve aux salariés hors voie d'assiette, sous conditions de durée d'activité (neuf mois) ou de part du salaire luxembourgeois dans le revenu professionnel (75 %), et il ne peut pas, en principe, aboutir à un supplément d'impôt.
| Situation du frontalier salarié | Modèle 100 |
|---|---|
| Un employeur, revenu imposable sous 100 000 €, rien d'autre | Aucune obligation |
| Revenu imposable au-dessus de 100 000 € | Obligatoire |
| Deux fiches de retenue, total au-dessus de 36 000 € (classes 1 et 2) ou 30 000 € (classe 1a) | Obligatoire |
| Revenus luxembourgeois sans retenue à la source | Obligatoire |
| Demande d'assimilation (90 % des revenus au Luxembourg, ou moins de 13 000 € ailleurs, ou 50 % du ménage pour un résident belge) | Option, puis obligatoire une fois demandée |
| Couple qui opte pour l'imposition collective ou individuelle | Option, puis obligatoire une fois demandée |
| Salarié sans obligation qui veut régulariser une retenue trop élevée | Décompte annuel (modèle 163 NR F) |
Au Luxembourg, la retenue à la source est la règle et le modèle 100 l'exception : imposé par un seuil ou demandé pour une déduction, jamais automatique.
Déclaration impôt France frontalier Luxembourg : le salaire revient sur la 2042.
Côté français, la déclaration annuelle est due par tout résident, quel que soit le pays qui paie. Reste à savoir où le salaire luxembourgeois s'inscrit, et ce qu'il déclenche.
Le mécanisme vient de la convention fiscale du 20 mars 2018, complétée par l'avenant du 10 octobre 2019 et applicable depuis le 1er janvier 2020. Le pas-à-pas de la DGFiP sur l'application de la convention franco-luxembourgeoise aux revenus 2024 rappelle la bascule : l'ancienne méthode du taux effectif, tolérée pour les revenus 2020 à 2023, a pris fin avec les revenus 2024. Depuis, le salaire luxembourgeois ouvre droit à un crédit d'impôt égal à l'impôt français.
Concrètement, le salaire entre dans le revenu imposable français. L'impôt est calculé sur l'ensemble des revenus du foyer, puis un crédit égal à la part d'impôt français qui correspond à ce salaire vient l'annuler. La notice 2047 pour les revenus 2025 précise que ce crédit se calcule quel que soit l'impôt réellement payé au Luxembourg, et que « l'impôt français s'entend de l'impôt sur le revenu augmenté des prélèvements sociaux ». Le salaire ne produit donc pas d'impôt français par lui-même, mais il pèse sur le taux appliqué aux autres revenus du foyer, un salaire français du conjoint par exemple.
Le montant déclaré est le salaire brut, sans déduire l'impôt payé au Luxembourg ; la déduction forfaitaire de 10 % s'applique ensuite d'elle-même. Le pas-à-pas donne l'exemple d'un couple : Dominique, salarié au Luxembourg, 40 000 € de salaire et 2 000 € d'impôt luxembourgeois ; Camille, salariée en France, 25 000 €.
| Élément déclaré | Formulaire | Case | Montant dans l'exemple |
|---|---|---|---|
| Salaire luxembourgeois, détail | 2047, cadre 1 | Traitements et salaires | 40 000 € |
| Salaire luxembourgeois, crédit d'impôt | 2047, cadre 6 | Revenus ouvrant droit à un crédit égal à l'impôt français | 40 000 € |
| Salaire luxembourgeois, report | 2042 | 1AF (déclarant 1) ou 1BF (déclarant 2) | 40 000 € |
| Total des revenus luxembourgeois avec crédit | 2042 | 8TK | 40 000 € |
| Salaire français du conjoint | 2042 | 1BJ | 25 000 € |
| Impôt payé au Luxembourg | aucun | non déduit | 2 000 € |
Pour qui télétravaille depuis la France, la convention accorde un forfait de 34 jours par an hors du Luxembourg sans changer de pays d'imposition. Au-delà, la part du salaire qui correspond aux jours en France devient imposable en France ; le pas-à-pas indique qu'elle est pré-remplie en case 1AG, sans le crédit. Ces numéros sont ceux de la campagne 2026, la notice 2047 de l'année en cours fait foi.
En France, le salaire luxembourgeois se déclare en brut, se neutralise par un crédit, et ne disparaît jamais du calcul du taux.
Belgique et Allemagne : même logique, autres formulaires.
Le résident belge déclare lui aussi tous ses revenus mondiaux, salaire luxembourgeois compris. Le SPF Finances l'écrit sur sa page Revenus à l'étranger : même quand une convention retire à la Belgique le droit de les imposer, ces revenus figurent dans la déclaration, parce qu'ils fixent le taux des autres revenus et, dans certains cas, la taxe communale. La méthode s'appelle l'exonération avec réserve de progressivité, décrite sur la page Habiter et travailler dans différents États membres de l'UE.
Le seuil de tolérance belge est de 34 jours par an hors du Luxembourg. La note de l'Administration des contributions directes sur les cas relevant de la convention belgo-luxembourgeoise, datée du 2 mars 2023, le rattache à l'avenant du 31 août 2021, entré en vigueur le 10 février 2023 et applicable aux rémunérations à partir du 1er janvier 2022. Avant lui, le seuil était de 24 jours.
Même chiffre pour le résident allemand. Le protocole du 6 juillet 2023 modifiant la convention germano-luxembourgeoise et l'accord amiable du 11 janvier 2024 publié par le ministère fédéral des Finances (Verständigungsvereinbarung zur Anwendung und Auslegung des DBA Luxemburg) fixent, depuis le 1er janvier 2024, 34 jours ouvrés par année civile, sans prorata pour un temps partiel. En Allemagne, le salaire luxembourgeois exonéré entre dans la déclaration annuelle au titre du Progressionsvorbehalt, la réserve de progressivité.
Belgique, France ou Allemagne : le pays de résidence ne prend pas l'impôt sur le salaire luxembourgeois, mais il l'utilise pour fixer le taux de tout le reste.
Documents et calendrier : ce qui se garde, ce qui se dépose quand.
Les pièces sont peu nombreuses. La foire aux questions de l'ACD pour les non-résidents en donne les noms exacts.
- Le certificat de rémunération, ou certificat de salaire, de retenue d'impôt et de crédits d'impôt bonifiés, remis par l'employeur en début d'année. Il accompagne le décompte annuel comme le modèle 100.
- La fiche de retenue d'impôt, qui fixe la classe et le taux du mois. Sa modification passe par le modèle 164 NR, avec justificatifs.
- Les attestations d'une déduction demandée par assimilation : intérêts d'emprunt, primes d'assurance, charges extraordinaires.
- Pour la France, la 2047 et la 2042 déposées, avec le certificat de rémunération derrière le montant porté en 1AF.
Les dates ne bougent presque pas au Luxembourg et changent chaque année en France. La page de guichet.lu sur la déclaration pour l'impôt sur le revenu, mise à jour le 7 avril 2026, fixe la limite au 31 décembre de l'année qui suit l'année d'imposition, et situe le dépôt pour les revenus 2025 entre le 7 avril 2026 et le 31 décembre 2026. Après, le bureau d'imposition peut appliquer supplément d'impôt, intérêt de retard ou astreinte, et aucun délai supplémentaire n'est accordé. Le dépôt se fait en PDF via MyGuichet.lu ou par courrier.
Pour la France, la page impots.gouv.fr sur les modalités de la déclaration de revenus en 2026 donne les limites par département et la date du papier.
| Échéance | Date | Source |
|---|---|---|
| Modèle 100, revenus 2025 | Du 7 avril 2026 au 31 décembre 2026, sans prolongation | guichet.lu, ACD |
| Décompte annuel (modèle 163 NR F), revenus 2025 | 31 décembre 2026 | guichet.lu |
| Déclaration française en ligne, revenus 2025 | 21 mai 2026 (départements 01 à 19 et non-résidents), 28 mai (20 à 54), 4 juin (55 à 974 et 976) | impots.gouv.fr |
| Déclaration française papier, revenus 2025 | 19 mai 2026 | impots.gouv.fr |
| Déclarations belge et allemande | La date est publiée chaque année par le SPF Finances et par le Finanzamt | fin.belgium.be, bundesfinanzministerium.de |
Le Luxembourg laisse jusqu'au 31 décembre de l'année suivante et ne prolonge pas ; la France ferme en mai ou en juin et publie ses dates chaque printemps.
Questions fréquentes
Un frontalier doit-il faire une déclaration au Luxembourg ?
Pas par défaut. La retenue à la source solde l'impôt d'un salarié non résident qui n'a qu'un employeur et un revenu imposable sous 100 000 €. Le modèle 100 devient obligatoire au-delà, avec plusieurs fiches de retenue au-dessus des seuils, pour des revenus sans retenue, ou dès qu'une assimilation ou une option de couple a été demandée.
Comment remplir la déclaration d'impôt d'un frontalier au Luxembourg ?
Le modèle 100 se dépose en PDF via MyGuichet.lu ou par courrier au bureau d'imposition compétent, avec le certificat de rémunération. L'assimilation se demande dans le formulaire lui-même, et c'est elle qui ouvre les déductions. Pour un salarié sans obligation qui veut seulement régulariser une retenue trop élevée, le décompte annuel (modèle 163 NR F) suffit.
Comment déclarer un salaire luxembourgeois en France ?
Le salaire brut, sans déduire l'impôt luxembourgeois, va dans les cadres 1 et 6 de la 2047, puis en cases 1AF (1BF pour le second déclarant) et 8TK de la 2042, avec un crédit d'impôt égal à l'impôt français. La part des jours télétravaillés en France au-delà des 34 jours se déclare à part, en case 1AG, sans ce crédit.
Quand déposer le modèle 100 ?
Au plus tard le 31 décembre de l'année qui suit l'année des revenus, soit du 7 avril 2026 au 31 décembre 2026 pour les revenus 2025. L'ACD n'accorde aucune prolongation et retient la date d'arrivée au bureau, pas la date d'envoi.
Points clés
- Un salarié frontalier avec un seul employeur et un revenu imposable sous 100 000 € n'a rien à déposer au Luxembourg ; le modèle 100 devient obligatoire au-delà, avec plusieurs fiches de retenue, des revenus sans retenue ou une option demandée.
- L'assimilation au résident se demande dans le modèle 100 et suppose 90 % des revenus mondiaux imposables au Luxembourg, moins de 13 000 € de revenus nets ailleurs, ou 50 % du ménage pour un résident belge.
- En France, le salaire luxembourgeois se déclare en brut sur la 2047, puis en cases 1AF et 8TK de la 2042, avec un crédit d'impôt égal à l'impôt français ; au-delà de 34 jours de télétravail, la part française va en 1AG.
- La Belgique et l'Allemagne exonèrent le salaire luxembourgeois avec réserve de progressivité et appliquent le même seuil de 34 jours.
- Le modèle 100 des revenus 2025 se dépose entre le 7 avril et le 31 décembre 2026 sans prolongation ; la déclaration française ferme entre le 19 mai et le 4 juin 2026.
