Taux d'épargne : le même pourcentage joue deux fois
Partons de 4 000 € net par mois, dont 1 600 € investis : le taux d'épargne est de 40 %. Les 2 400 € restants forment le train de vie, que le portefeuille devra verser chaque mois une fois le travail arrêté, soit 28 800 € par an.
Le calcul retient un taux de retrait de 4 % par an, moins 0,25 % de frais, soit 3,75 %. Le capital visé vaut 28 800 € divisés par 3,75 %, soit 768 000 € en euros d'aujourd'hui, ou 26,7 années de dépenses. Ces 4 % viennent de l'article de l'AAII Journal de février 1998 sur le choix d'un taux de retrait soutenable : sur des données de 1926 à 1995, des retraits annuels de 3 % ou 4 % avaient très peu de chances d'épuiser un portefeuille d'actions et d'obligations. Le constat porte sur le passé.
À 50 %, le versement passe de 1 600 € à 2 000 € et le capital visé de 768 000 € à 640 000 €. Le portefeuille se remplit plus vite, et le réservoir est plus petit.
Le salaire, lui, sort du calcul. À 40 %, le capital visé vaut 480 mois de versement avec 4 000 € comme avec 6 000 € net, parce que tout grossit dans la même proportion. Le délai est donc le même au mois près.
| Salaire net | Taux d'épargne | Épargné par mois | Capital visé | Capital visé en mois de versement | Délai |
|---|---|---|---|---|---|
| 4 000 € | 20 % | 800 € | 1 024 000 € | 1 280 | 43 ans 10 mois |
| 6 000 € | 20 % | 1 200 € | 1 536 000 € | 1 280 | 43 ans 10 mois |
| 4 000 € | 50 % | 2 000 € | 640 000 € | 320 | 18 ans 9 mois |
| 6 000 € | 50 % | 3 000 € | 960 000 € | 320 | 18 ans 9 mois |
Cela tient tant que le départ est à 0 € et que les retraits ne sont pas imposés.
Le taux d'épargne agit deux fois : il remplit le portefeuille plus vite et il réduit la somme que ce portefeuille devra remplacer.
Calcul taux d'épargne : de 10 % à 70 %, sept délais
Les délais ci-dessous sortent du calculateur d'indépendance financière, dont ce lien ouvre la ligne à 40 %. Toutes les lignes partagent les mêmes hypothèses : 4 000 € net par mois, départ à 0 €, rendement de 6 % par an, 2 % d'inflation, 0,25 % de frais annuels, taux de retrait de 4 % (3,75 % après frais) et aucun impôt sur les retraits, comme pour un résident luxembourgeois. Versement et dépenses suivent l'inflation.
| Taux d'épargne | Épargné par mois | Dépenses à couvrir | Capital visé (euros d'aujourd'hui) | Délai |
|---|---|---|---|---|
| 10 % | 400 € | 3 600 € | 1 152 000 € | 62 ans 11 mois |
| 20 % | 800 € | 3 200 € | 1 024 000 € | 43 ans 10 mois |
| 30 % | 1 200 € | 2 800 € | 896 000 € | 32 ans 8 mois |
| 40 % | 1 600 € | 2 400 € | 768 000 € | 24 ans 10 mois |
| 50 % | 2 000 € | 2 000 € | 640 000 € | 18 ans 9 mois |
| 60 % | 2 400 € | 1 600 € | 512 000 € | 13 ans 9 mois |
| 70 % | 2 800 € | 1 200 € | 384 000 € | 9 ans 7 mois |
Les 6 % sont une hypothèse de calcul, à visée pédagogique, et ne décrivent aucun placement. Les 2 % reprennent la cible d'inflation à moyen terme de la BCE, décrite dans sa stratégie de politique monétaire.
Le moteur avance mois par mois, en euros courants : le portefeuille croît au rendement moins les frais, versement et capital visé suivent l'inflation, et la date retenue est le premier mois où le portefeuille dépasse le capital visé.
Passer de 10 % à 20 % retire 19 ans et 1 mois au délai, passer de 60 % à 70 % en retire 4 ans et 2 mois.
Dans ce tableau, chaque dizaine de points d'épargne supplémentaire retire entre 24 % et 30 % des années qui restaient.
Taux d'épargne et indépendance financière : frontaliers et expatriés
Un salaire d'un pays, des prix d'un autre
Un frontalier qui vit en Lorraine, en Wallonie ou en Sarre gagne d'un côté de la frontière et dépense de l'autre. L'expatrié installé au Luxembourg fait les deux du même côté. Dans les deux cas, le calcul ne voit que l'écart entre les deux, c'est-à-dire le taux. Quant aux dépenses à couvrir, elles se chiffrent aux prix du pays où vous vivrez une fois libre, qui peut être un autre.
L'impôt sur les retraits
Le tableau précédent suppose des retraits non imposés : c'est le préréglage luxembourgeois. D'après la fiche de guichet.lu sur l'achat et la vente d'actions, un particulier qui détient moins de 10 % du capital d'une société ne paie rien sur la plus-value d'actions gardées plus de six mois.
Ailleurs, un impôt s'intercale entre le retrait et la dépense, et le capital visé grossit d'autant. Le modèle compte chaque euro retiré comme une plus-value imposable. C'est une lecture prudente, puisqu'une partie de chaque retrait rend en fait le capital versé.
Le tableau reprend la ligne à 40 % pour un adulte, avec la même formule et un préréglage par pays de résidence.
| Préréglage (pays de résidence) | Impôt sur les retraits | Retrait brut par mois pour 2 400 € nets | Capital visé | Délai |
|---|---|---|---|---|
| Luxembourg | 0 % sur les titres gardés plus de 6 mois | 2 400 € | 768 000 € | 24 ans 10 mois |
| Belgique | 10 % au-delà de 10 000 € par an | 2 574 € | 823 704 € | 26 ans |
| Allemagne | 26,375 % au-delà de 1 000 € par an | 3 230 € | 1 033 571 € | 30 ans |
| France | 31,4 % dès le premier euro | 3 499 € | 1 119 534 € | 31 ans 5 mois |
Les taux viennent des textes officiels, lus le 11 septembre 2026. En Belgique, le SPF Finances fixe à 10 % la taxe sur les plus-values d'actifs financiers vendus à partir du 1er janvier 2026, avec une première tranche de 10 000 € exonérée chaque année (exercice d'imposition 2027). En France, Entreprendre.Service-Public indique le 10 février 2026 que le prélèvement forfaitaire unique atteint 31,4 % au 1er janvier 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux.
En Allemagne, l'impôt est de 25 % selon le § 32d de l'EStG. Il est majoré de la contribution de solidarité de 5,5 % prévue par le § 4 du SolZG, soit 26,375 % hors impôt d'Église. Le § 20 de l'EStG fixe le forfait d'épargnant à 1 000 € par personne et à 2 000 € pour un couple imposé ensemble.
Une franchise est un montant fixe. Elle couvre une grande part des retraits d'un petit train de vie et une petite part d'un grand. Avec le préréglage belge, le délai s'allonge donc un peu quand le salaire monte, à taux d'épargne égal : à 40 %, 26 ans avec 4 000 € net, 26 ans et 2 mois avec 6 000 €. La franchise allemande, dix fois plus petite, ne déplace pas la date d'un mois. Le modèle multiplie la franchise par le nombre d'adultes du foyer.
Pour un frontalier, la convention fiscale entre le Luxembourg et le pays de résidence désigne l'État qui impose ces gains.
À 40 % d'épargne, le même plan demande 24 ans et 10 mois sans impôt sur les retraits, et 31 ans et 5 mois avec le prélèvement forfaitaire français.
Ce que le taux d'épargne ne dit pas
Le tableau suppose un taux constant pendant des décennies. Une augmentation, un enfant ou un temps partiel le déplacent, et le délai avec lui.
Le rendement de 6 % s'applique chaque mois, sans à-coups. Sur les marchés réels, une baisse juste avant ou juste après la date d'indépendance pèse plus lourd qu'une baisse en début de parcours.
L'inflation de 2 % est une cible : la page statistique de la BCE affichait 3,3 % sur un an pour la zone euro en août 2026. À rendement nominal égal, plus d'inflation allonge le délai.
Les pensions n'y figurent pas, alors qu'un salarié payé au Luxembourg cotise à l'assurance pension. Pour un arrêt avant l'âge de la pension, le délai obtenu est donc prudent.
Enfin, seul l'argent investi compte. Le capital remboursé d'un crédit immobilier reste hors du taux, et la mensualité d'un prêt soldé reste comptée dans les dépenses.
Le délai du tableau vaut pour un taux d'épargne qui ne bouge pas pendant des décennies, ce qu'aucune vie réelle ne fait.
Questions fréquentes
Comment calculer son taux d'épargne ?
Le taux d'épargne se calcule en divisant le montant investi chaque mois par le revenu net du même mois : 1 600 € placés sur 4 000 € nets font 40 %. Le revenu net s'entend après impôt et cotisations. L'argent laissé sur le compte courant et le capital remboursé d'un emprunt restent en dehors.
Combien épargner pour être libre ?
Dans ce modèle, la réponse est une part du revenu plutôt qu'un montant. Avec les hypothèses du tableau, dont 6 % de rendement supposé, 30 % d'épargne mènent au but en 32 ans et 8 mois, 50 % en 18 ans et 9 mois, 70 % en 9 ans et 7 mois. Le capital visé vaut environ 26,7 années de dépenses, puisqu'il se calcule en divisant les dépenses annuelles par 3,75 %.
Pourquoi un salaire plus élevé ne raccourcit-il pas le délai ?
À taux d'épargne égal, un salaire plus élevé augmente le versement et les dépenses dans la même proportion, donc le capital visé aussi : 480 mois de versement à 40 %, 1 280 mois à 20 %. Il ne raccourcit le délai que s'il fait monter le taux, c'est-à-dire si les dépenses augmentent moins vite que lui.
Un capital de départ change-t-il le calcul ?
Oui. Le tableau part de 0 €, et tout capital déjà investi raccourcit le délai. Le niveau des dépenses revient alors dans le calcul : un même capital de départ couvre une plus grande part d'un petit capital visé, et raccourcit donc davantage le délai d'un train de vie modeste.
Points clés
- Le taux d'épargne est la part du revenu net investie chaque mois ; le revenu à remplacer une fois libre est ce qui reste.
- Un taux plus élevé agit deux fois : il augmente le versement et il réduit le capital visé, égal aux dépenses annuelles divisées par le taux de retrait net de frais.
- En partant de 0 € et sans impôt sur les retraits, le délai ne dépend que du taux : avec 6 % de rendement supposé, 20 % donnent 43 ans et 10 mois et 50 % donnent 18 ans et 9 mois, à 4 000 € comme à 6 000 € net.
- Un impôt sur les retraits allonge le délai à taux égal : à 40 %, le calcul passe de 24 ans et 10 mois sans impôt à 31 ans et 5 mois avec le prélèvement forfaitaire français de 31,4 %.
- Le calcul suppose un taux d'épargne et un rendement constants, ignore les pensions, et reste une estimation à visée pédagogique.
