Règle des 4 % : un montant fixé une fois, puis indexé
Soit un capital de 720 000 €. La première année, 4 % donnent 28 800 €, soit 2 400 € par mois. Si les prix montent de 2 % cette année-là, le deuxième retrait passe à 29 376 €, que la bourse ait monté ou baissé.
Le pourcentage ne sert donc qu'une fois. Ensuite, le retrait suit les prix, pas la valeur du portefeuille. Si celui-ci tombe à 576 000 € après une mauvaise année, les 29 376 € en représentent 5,1 %.
C'est la définition que donne William P. Bengen dans « Determining Withdrawal Rates Using Historical Data », Journal of Financial Planning, octobre 1994 (réimpression FPA de 2004). Après la première année, écrit-il, le taux ne sert plus à calculer le retrait : on part de celui de l'année précédente, plus l'inflation. Le taux de retrait désigne ce pourcentage de départ, et rien d'autre.
Lue à l'envers, la règle donne un capital cible : la dépense annuelle divisée par le taux. À 4 %, c'est 25 fois ce que vous dépensez en un an.
| Taux de retrait | Multiple de la dépense annuelle | Capital pour 28 800 € par an (2 400 € par mois) |
|---|---|---|
| 3 % | 33,3 fois | 960 000 € |
| 3,5 % | 28,6 fois | 822 857 € |
| 4 % | 25 fois | 720 000 € |
| 5 % | 20 fois | 576 000 € |
Le tableau est une simple division, avant frais et avant impôt. Passer de 4 % à 3 % y demande déjà un tiers de capital en plus.
La règle des 4 % fixe un montant en euros la première année, puis c'est ce montant, indexé sur les prix, qui sort chaque année.
Taux de retrait sécurisé : ce que Bengen a mesuré en 1994
Dans son article de 1994 au Journal of Financial Planning, Bengen part d'une erreur de planificateur : calculer les retraits sur des rendements moyens, alors qu'un krach doublé d'une forte inflation suffit à défaire ce calcul. Il reprend donc l'histoire année par année, avec les données américaines depuis 1926.
Un premier retraité part le 1er janvier 1926, un deuxième en 1927, et ainsi de suite. Chacun détient 50 % d'actions américaines et 50 % de bons du Trésor à moyen terme, rééquilibrés en continu. Bengen compte les années que tient chaque portefeuille et arrête ses graphiques à 50 ans.
| Taux de retrait initial | Ce que montrent les séries de Bengen (50 % actions, 50 % obligations) |
|---|---|
| 3 % | Tous les retraités tiennent au moins 50 ans, quelle que soit l'année de départ |
| 3,5 % environ | Même résultat, jamais moins de 50 ans |
| 4 % | Aucun portefeuille vide avant 33 ans, la plupart durent 50 ans ou plus |
| 4,25 % | Un portefeuille peut s'épuiser en 28 ans |
| 5 % | Les départs de la fin des années 1960 et du début des années 1970 n'ont parfois que 20 ans |
| 6 % | Sur 30 ans, 31 années de départ épuisent le capital et 20 seulement suffisent |
Bengen qualifie 3 % d'« absolument sûr », avec une réserve entre parenthèses : « dans la mesure où l'histoire sert de guide ». Pour une durée minimale de 30 ans, il retient 4 %. Il juge 5 % « risqué », et 6 % ou plus relève pour lui du « pari ». Le taux de retrait sécurisé, safe withdrawal rate en anglais, vient de là : le plus haut taux qui a tenu dans le pire cas historique, sur une durée donnée.
Sur l'allocation, il retient une plage de 50 % à 75 % d'actions au début de la retraite, et juge contre-productif de descendre sous 50 %.
L'étude de Cooley, Hubbard et Walz, AAII Journal, février 1998, dite « étude Trinity », mesure la part des périodes où le portefeuille finit au-dessus de zéro, pour des taux de 3 % à 12 % et des durées de 15 à 30 ans, sur des données américaines de 1926 à 1995. Ses auteurs concluent que les retraités précoces qui prévoient de longues périodes de retrait devraient retenir des taux plus bas.
Chez Bengen, « sûr » veut dire : qui a tenu dans le pire cas américain depuis 1926, sur une durée donnée.
Taux de retrait : 3 %, 4 % ou 5 %, le capital visé et la date
Le plan d'exemple : 60 000 € déjà investis, 1 200 € versés chaque mois et indexés, 2 400 € nets par mois voulus en euros d'aujourd'hui. Le rendement de 6 % par an est une hypothèse posée pour l'exemple. L'inflation de 2 % est la cible à moyen terme de la stratégie de politique monétaire de la BCE, une cible et non une prévision. Les frais sont de 0,25 % par an, et les retraits ne sont pas imposés, comme dans le préréglage Luxembourg.
Les chiffres sortent du calculateur d'indépendance financière, préréglé à 3,5 %. Il retire les frais deux fois, du rendement pendant l'épargne puis du taux de retrait à la retraite. À 4 %, le taux disponible tombe ainsi à 3,75 %.
| Taux de retrait | Taux après frais | Capital visé (euros d'aujourd'hui) | Multiple de la dépense | Délai |
|---|---|---|---|---|
| 3 % | 2,75 % | 1 047 273 € | 36,4 | 31 ans 10 mois |
| 3,5 % | 3,25 % | 886 154 € | 30,8 | 28 ans 7 mois |
| 4 % | 3,75 % | 768 000 € | 26,7 | 25 ans 11 mois |
| 4,5 % | 4,25 % | 677 647 € | 23,5 | 23 ans 8 mois |
| 5 % | 4,75 % | 606 316 € | 21,1 | 21 ans 10 mois |
Deux lectures. D'abord, un quart de point de frais porte le capital visé à 4 % de 720 000 € à 768 000 €, et le multiple de 25 à 26,7.
Ensuite, l'écart n'est pas symétrique. Descendre de 4 % à 3 % ajoute 279 273 € au capital visé et 5 ans 11 mois au délai. Monter de 4 % à 5 % retire 161 684 € et avance la date de 4 ans 1 mois. Comme le taux divise la dépense, chaque demi-point pèse plus lourd quand le taux est bas.
Le tableau chiffre ce que coûte chaque taux, sans dire lequel tiendra. C'est une estimation à visée pédagogique.
Plus le taux de retrait est bas, plus chaque demi-point en moins coûte cher en capital et en années.
Frontaliers et expatriés : dollars, durée et impôt
Trois hypothèses des études d'origine ne décrivent pas un frontalier payé au Luxembourg.
La monnaie, d'abord. Les deux études portent sur des titres américains, en dollars, avec l'inflation américaine. Un épargnant en euros a d'autres séries, et aucun des deux textes ne transpose le chiffre à son portefeuille.
La durée, ensuite. Dans la conclusion de son article de 1994, Bengen vise l'espérance de vie du client plus 5 à 10 ans, ce qui donne en général environ 4 % pour un départ à 60 ou 65 ans. Arrêter de travailler à 45 ans peut demander 45 ans de retraits. Dans ses séries, seuls 3 % et environ 3,5 % ont tenu 50 ans à chaque départ.
L'impôt, enfin. Bengen suppose un capital placé sur des comptes à imposition différée. Dans la réalité, l'impôt dû sur un retrait s'ajoute au montant à retirer. À 4 %, avec 0,25 % de frais et 2 400 € nets par mois pour un adulte, les quatre préréglages pays du même outil donnent ceci.
| Préréglage | Impôt sur les retraits | Franchise annuelle par adulte | Retrait brut mensuel | Capital visé (euros d'aujourd'hui) |
|---|---|---|---|---|
| Luxembourg | 0 % | sans objet | 2 400 € | 768 000 € |
| Belgique | 10 % | 10 000 € | 2 574 € | 823 704 € |
| Allemagne | 26,375 % | 1 000 € | 3 230 € | 1 033 571 € |
| France | 31,4 % | aucune | 3 499 € | 1 119 534 € |
Les taux viennent des textes de chaque pays. Au Luxembourg, les plus-values sur titres détenus plus de six mois sont exonérées pour une participation d'au plus 10 %. La Belgique applique depuis le 1er janvier 2026 une taxe de 10 % dont la première tranche de 10 000 € est exonérée pour l'exercice 2027. L'Allemagne prélève 25 % (§ 32d EStG), plus 5,5 % de cet impôt en Solidaritätszuschlag (§ 4 SolZG), après un Sparer-Pauschbetrag de 1 000 € (§ 20 EStG). La France applique un prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026.
Le calcul est prudent : il traite chaque euro retiré comme une plus-value imposable, alors qu'une partie de chaque retrait rend du capital déjà versé. Chaque ligne décrit un résident du pays, sur un compte-titres ordinaire.
À taux de retrait égal, l'impôt sur les retraits peut porter le capital visé de 768 000 € à 1 119 534 €.
Ce que la règle des 4 pour cent ne montre pas
L'ordre des rendements compte plus que leur moyenne. Un retraité qui subit un krach dès la première année vend au plus bas pour payer ses retraits, et les parts vendues ne profitent plus de la reprise.
L'article de Bengen de 1994 le montre avec le « Big Bang » de 1973-1974, une chute des actions en pleine inflation, dont les effets remontent jusqu'aux retraites commencées 20 ans plus tôt, parfois davantage. Son retraité de 1929 part avec 500 000 $ et retire 4 %. Fin 1932, il lui reste moins de 200 000 $, et son retrait, ramené à 15 300 $ par la déflation, en représente environ 7,6 %.
La règle fixe un retrait, sans rien promettre du rendement. À 4 %, dans la plupart des départs de Bengen, le capital dure 50 ans ou plus. Dans les pires, il s'épuise en un peu plus de trente ans.
Le chiffre de 1994 est aussi brut. L'article ne parle pas de frais et suppose l'impôt différé, deux coûts que les tableaux précédents chiffrent.
Deux retraités au même rendement moyen peuvent finir l'un avec son capital, l'autre sans rien, selon l'ordre de leurs premières années.
Questions fréquentes
Comment calculer son capital avec la règle des 4 % ?
Le capital visé vaut la dépense annuelle divisée par 4 %, soit 25 fois cette dépense. Pour 2 000 € par mois, soit 24 000 € par an, cela donne 600 000 €. Avec 0,25 % de frais retirés du taux, 4 % devient 3,75 % et le capital passe à 640 000 €, avant impôt sur les retraits.
Qu'est-ce que le taux de retrait sécurisé ?
C'est le plus haut taux de retrait initial qui, dans les séries historiques, n'a jamais vidé le portefeuille avant une durée donnée. Chez Bengen, en 1994, c'est 4 % pour au moins 30 ans, avec moitié actions et moitié obligations américaines. « Sécurisé » renvoie à l'histoire des marchés américains depuis 1926, pas à une garantie.
La règle des 4 % vaut-elle pour une retraite anticipée ?
Les études d'origine raisonnent sur 30 ans. L'étude Trinity s'arrête là et conclut que les retraités précoces devraient prévoir des taux plus bas. Dans les séries de Bengen, seuls 3 % et environ 3,5 % ont tenu 50 ans quelle que soit l'année de départ.
La règle des 4 pour cent s'applique-t-elle à un portefeuille en euros ?
Les deux études utilisent des actions et des obligations américaines, en dollars, avec l'inflation américaine, depuis 1926. Elles ne testent aucun portefeuille en euros, et rien dans ces textes ne dit que le chiffre se transpose tel quel ailleurs.
Points clés
- La règle des 4 % fixe le premier retrait à 4 % du capital, puis indexe ce montant sur l'inflation chaque année, quelle que soit la valeur du portefeuille.
- Lue à l'envers, elle donne un capital visé de 25 fois la dépense annuelle, contre 33,3 fois à 3 % et 20 fois à 5 %, avant frais et impôt.
- William Bengen a tiré ce chiffre en 1994 des séries américaines depuis 1926 : à 4 %, avec moitié actions et moitié obligations, aucun portefeuille ne s'est vidé en moins de 33 ans.
- Dans l'exemple chiffré de ce guide, passer de 4 % à 3 % porte le capital visé de 768 000 € à 1 047 273 € et le délai de 25 ans 11 mois à 31 ans 10 mois.
- Les frais se retranchent du taux de retrait et l'impôt s'ajoute au montant retiré, deux coûts que l'article de 1994 ne comptait pas.
